Introduction
Silhouette is the third largest island in Seychelles archipelago and also rated as one of the most physically attractive island in the granites group. It is five Kilometres long and wide and was the first island of the Seychelles group to be seen when the islands were discovered in 1609 but was not settled until the early 19th century.

Aerial View of Silhouette Island
This granitic island was named after French finance minister Etienne de Silhouette (1709-1767), when the Seychelles islands were still a French colony.
Silhouette which is about one hour boat ride from Mahe, boasts the 780 meter high Mount Dauban and its surrounding thick virgin forests, which is a haven for ecologists and environmentalists. Blessed by this luxuriant evergreen vegetation, the island is surrounded with a rich marine life kingdom whose reefs contains a multitude of all types of fish and shells, whilst green turtles breed on some of its un spoilt beaches. Surrounded by a national marine park extending a mile from its coastline, Silhouette lies near one of the fishing banks found between the island and one of the most beautiful beach the Beau Vallon beach
Silhouette’s first landowner was Jean- François Hodoul, a French corsair, who is thought to have buried his treasure there, giving many generations a source of tales of wandering ghosts and corsair mysteries.
Since 1860, the island was owned for a hundred years by French plantation owners, the Dauban family, who then sold it to a French group, and then in 1983 it was purchased by the Seychelles government, and taken under the care of the Island Development Company (IDC), a state-owned entity which was set up to manage and develop islands owned by the Seychelles government.

The Dauban family household and guests, including Henri’s younger brothers Pierre and Leon, pictured circa 1908 (Dauban Family Foundation) Photo License: CC-BY
From 1860 attempts were made to develop parts of the island for agriculture or forestry. A wide range of plants was introduced for crops of timber, fruit, spices and oils. These are all abandoned now but the plants can still be found growing in the most unlikely places.
In the 1940s a small grove of Coco-de-Mer trees (Lodoicea maldivica) was planted high in the mountains. This thriving population of this rare palm provided an occupation for part of the 1000 strong labour force on the island, some of whom had to climb up to the trees to water them daily.
This article below has been reproduced from Les Cahiers d’Outre-Mer. N° 95 24e année, Juillet-septembre 1971. pp. 217-244. Dupon Jean-François. Aspects de l’agriculture aux Seychelles ; l’exemple de l’île Silhouette. Genres de vie et activités d’une petite île granitique.
“Un domaine ingrat et isolé. Située à une vingtaine de kilomètres au Nord-Ouest de Mahé, Silhouette, affublée du nom d’un contrôleur général des Finances de Louis XV depuis 1759, n’est pas reliée à Victoria par un service de bateaux bien qu’elle soit la troisième île du groupe granitique par sa superficie. Sa population est faible: l’île ne comptait au dernier recensement (1960) que 780 habitants (413 hommes et 367 femmes), chiffre en accroissement de 278 unités par rapport à celui du dénombrement de 1947. L’accroissement depuis 1960 paraît avoir été beaucoup moins important, la diminution relative de la population, par émigration vers Mahé, ne laissant que 800 personnes environ et peut-être moins dans l’île qui n’a jamais été très peuplée et ne fut mise en valeur que tardivement.

Carte de Silhouette
Ce sous-peuplement relatif, exprimé par une densité moyenne de 40 habitants au km2 environ, alors que celle-ci est de plus de 250 à Mahé, est en relation directe avec les difficultés du milieu naturel : l’île extrêmement montueuse, culmine à près de 700 mètres au Morne Dauban alors qu’elle mesure moins de 6 kilomètres sur 6 dans ses dimensions extremes.

Le Morne Dauban
Façonnés dans les granites et les syénites tertiaires qui la constituent, les pains de sucre, les « glacis », les blocs en place profondément cannelés ou accumulés en chaos géants y interrompent fréquemment le manteau de la forêt généralement dense qui domine au-dessus de 250 à 300 mètres le mélange de cocotiers et de canneliers puis les cocoteraies pures des « plateaux », ici très étroits. Comme dans le reste du groupe, et malgré les importantes destructions opérées par l’homme, l’opulence végétale caractérise autant que les formes du modelé les Tropiques humides. Le littoral reçoit plus de 2,000 mm de pluies, les sommets sans doute jusqu’au double.
Si les arbres à bois lourd et précieux comme le capucin (Northea seychellana), le bois Rouge (Neowormia ferruginea) ont presque disparu, les sommets ont conservé des restes de forêt primitive et des reboisements assez importants existent : l’Albizzia (A. Moluccana ), arbre à croissance rapide qui sert à la construction des cases, le Santol (Sandoricum indicum), tous deux introduits de Java, le Calice du Pape ( Tecoma leu coxylon ) utilisé avec le Jacquier (Artocarpus integrifolia ) dans la construction des embarcations, sont aujourd’hui les bois d’œuvre les plus répandus dans l’île. En fait, à la minceur et à la discontinuité de ses sols, résultant des fortes pentes, Silhouette doit d’avoir été toujours négligée et d’avoir conservé plus intact son paysage végétal primitif.

Carte de Silhouette
A La Passe, à l’Anse Lascars, à Grand-Barbe, à l’Anse Mondon, les « plateaux », si réduits qu’ils soient, et où le débouché difficile des principaux ruisseaux entretient les petits marais littoraux à mangovre qui se retrouvent dans tout l’archipel, portent avec les cocoteraies les plus productives les principaux «établissements » de l’île.
Propriétaire
Il y a quelques années encore, celle-ci appartenait pour sa plus grande partie à une famille de colons d’origine française. Aujourd’hui les terres ont changé de mains et le plus grand propriétaire est un commerçant indien musulman de Mahé. Ajoutant à ses terres celles qu’il loue à de petits propriétaires, il domine la moitié de l’île, situation qui se retrouve à La Digue. Ce grand propriétaire assure en fait la gestion de l’ensemble des propriétés de Silhouette, car les quelques autres propriétaires importants ont constitué avec lui une sorte de syndicat. L’île est ainsi exploitée en commun sous la direction d’un intendant, lui-même petit propriétaire et employé du commerçant indien à Mahé, qui s’y rend fréquemment en tournée d’inspection, grâce au bateau du domaine.
Comme la plupart des bateaux assurant les relations entre les îles, c’est une goélette d’environ 80 tonneaux, construite à Mahé, à deux mâts et quatre voiles. L’appareillage se fait depuis la jetée de Victoria où d’autres goélettes chargent le bois et les provisions pour les îles et déchargent le coprah et le poisson sec qui en viennent. L’hydravion de l’U.S. Air Force, attaché au service de la base américaine de repérage des satellites, la puissante drague qui jour et nuit travaille à l’aménagement du futur port et au-delà, la barre blanche des remblais de corail portant la piste pour Jumbo-jets en cours d’achèvement du futur aérodrome sont là pour témoigner de la fin proche du long passé d’isolement de l’archipel.
L’établissement de La Passe
C’est à La Passe, relativement abritée des houles du S.E., que se fait le plus souvent le débarquement. A l’arrivée devant l’établissement signalé par un petit wharf, par les grands arbres (badamiers, arbres à pain, takamaka) ombrageant les principales constructions en avant des cocotiers vite lancés à l’assaut des pentes, l’Union Jack est hissé au grand mât. Dans des conditions que la houle rend souvent scabreuses, la grande pirogue noire de l’établissement vient aborder le bateau. Elle est mue par huit rameurs à l’aide d’avirons longs et effilés en aubier de cocotier ou en « cèdre » (Filao) et barrée à l’aide d’une grande rame. Marchandises et passagers sont débarqués au wharf à l’extrémité duquel un hangar ouvert abrite d’autres pirogues.
Le régisseur de l’établissement surveille le débarquement comme il surveillera plus tard l’embarquement des marchandises et des quelques passagers de l’île pour Mahé (malades, parents en visite) dont il aura au préalable fouillé les bagages, car rien ne doit quitter la propriété sans son contrôle.
Une vie fruste, ancrée dans le passé.
La grande maison, ouverte pour l’hôte, l’intendant ou le propriétaire écrase de sa masse, face à la mer, les bâtiments d’exploitation qui l’entourent à distance respectueuse : magasins, bureau et boutique de la propriété qui est aussi la seule de l’île, séchoirs à coprah, installation de décoquage des noix, logements du régisseur et du comptable, forge, chantier de construction des pirogues, moulin à huile, menuiserie Au-delà de ces bâtiments, vers le Nord, commence le camp des travailleurs dont les logements sont alignés parmi les cocotiers et les arbres à pain en arrière de la plage. La porcherie, le potager, l’école ( L’île compte deux écoles primaires, à La Passe et à Grand-Barbe) et la chapelle se trouvent aussi dans cette partie de l’établissement.
La Maison Du Propriétère

The old plantation house, known as the “Grann Kaz” or Big House pictured above in 1901. Originally built in 1860, the first thatched roof gave way to a tin roof and a second storey was later added. (Dauban Family Foundation) (Seychelles News Agency) Photo License: CC-BY

Plaque de Grande Cases
La grande maison à étage, très vaste, est entièrement ceinte d’une large galerie à colonnes. Elle est en bois durs de l’île, surélevée sur un socle maçonné. Ses vastes pièces aux cloisons desquelles pendent encore les portraits vieillots en sépia des anciens maîtres sont peu meublées, caractère qui se retrouve d’ailleurs dans l’archipel dont les colons, demeurés fidèles à une certaine rusticité, n’ont jamais déployé le luxe de ceux des grandes Mascareignes. Seuls, les magnifiques planchers de bois précieux témoignent des anciennes richesses naturelles.
Le passé se retrouve encore dans la petite cuisine séparée, comme l’est la salle à manger. Au plafond de celle-ci pend l’éventail d’un double panka manœuvrable de l’extérieur par un garçonnet assis sur un petit banc, symbole en parfait état de fonctionnement à la fois de l’influence de l’Inde et de la persistance d’une tradition vivante de la vie coloniale dans ses manifestations les plus caricaturales.

Le Caveau Familial
A l’autre extrémité du plateau, au-delà du petit marais à palétuviers où grouillent les crabes de terre, se dresse au bout d’une allée de lataniers le caveau familial des anciens propriétaires, insolite temple grec orné d’un distique lamartinien.
Les Régisseurs
Les rapports sociaux, la vie matérielle, les mentalités des habitants de l’île offrent d’autres exemples du maintien de ces traditions. Chaque établissement côtier important (l’intérieur de l’île est vide) est dirigé par un régisseur. Ces régisseurs sont des métis dont la présence et le rôle, alors que la grande majorité des travailleurs est constituée de Noirs, illustrent aussi bien l’existence des rapports sociaux très particuliers, souvent fondés sur les parentés illégitimes, qui sont communs aux îles de la région, que la persistance des conventions d’une hiérarchie raciale demeurée partout intacte dans les sociétés pluralistes de ces milieux.
L’établissement de L’Anse Mondon
A une heure de marche de La Passe, l’établissement de l’Anse Mondon compte une trentaine de travailleurs et environ cinquante vieillards et enfants. Le régisseur habite une maison de bois plus vaste mais à peine plus confortable que celles des travailleurs dans un « emplacement » où poussent quelques légumes et quelques plants de tabac. Il vit avec sa fille, ses deux petits enfants, une aïeule, très sombre et portant madras, plusieurs domestiques. Il reçoit l’étranger et lui offre le calou, le vin de palme traditionnel, sous la varangue ouverte en façade où la famille passe l’essentiel de son existence.
Le Salon
A la différence de ce qu’on observe aux Mascareignes, la tradition du « salon », pièce d’apparat et de réception, objet de tous les soins et particulièrement décorée, existe peu aux Seychelles et, souvent, toutes les pièces servent de chambres à coucher, à plus forte raison à Silhouette où les occasions de rencontres sociales sont rares. Encore qu’il sache que son nom est « bourbonnais », le régisseur ignore tout des Mascareignes, de leur population, des cultures qu’on y pratique. A Grand-Barbe, dans la maison également de bois du régisseur, vieille de plus de cent ans, et qui rappelle par bien des traits (comble mansardé, varangue, proportions du toit) certaines maisons anciennes des Mascareignes, on note toutefois l’amorce d’un luxe, une décoration qui reproduit celle des « salons » mauriciens et réunionnais, n’étaient les chromos officiels de la famille royale britannique, aux diverses étapes de son agrandissement. Vieilles chaises longues, pauvres coussins, fleurs en plastique et l’inévitable poupée rose constituent un ensemble d’un poignant dénuement qui contraste avec la richesse des planchers cirés. La simplicité dépouillée de ces demeures, qui n’est pas sans rappeler celle que décrivaient les voyageurs du XV111 siècle finissant chez certains colons de Bourbon devient misère élémentaire dans les « cases » des travailleurs.
Les ‘Cases’
Il n’y a pas vingt ans que celles-ci d’un modèle presque uniforme dans l’île, ont commencé à remplacer les simples huttes, les « cases paille ». En planches posées à clin sur des pilotis de maçonnerie, couvertes des durables palmes du «latanier feuille » (Stevensonia grandifolia), elles sont flanquées d’une cuisine séparée en lattes de hampes florales d’aloès, matériau qui tend à remplacer les lattes des lataniers devenus rares.

Logement de Salarié Agricole à Silhouette
Les cases sont parfois flanquées d’un petit enclos potager entouré de «macouti», palmes de cocotier dressées verticalement dont les folioles ont été tressées. Le mobilier est presque absent. La pièce essentielle reste le lit, le plus souvent simple cadre de bois tendu de cordes de fibre et matelassé de bourre de coco. Une petite cantine de tôle, deux valises de carton, les paniers de vacoa, de feuilles de pandanus, communs aux îles, de Madagascar et aux Chagos, renferment tous les biens des familles de 4 et 9 personnes qui habitent là.
En 1960, les maisons de palmes, feuilles tressées et lattes représentaient encore plus de la moitié des logements de l’île et abritaient plus de 400 personnes sur les 780 qui y vivaient. Le reste était en « bois, tôle et panneaux » suivant la classification officielle du recensement, mais en fait surtout en bois. Çà et là aujourd’hui, l’apparition timide de la tôle, dans ce milieu où le matériau végétal reste malgré tout abondant, bon marché et suffisant sinon durable dans un climat chaud ignorant les cyclones à l’inverse des Mascareignes, révèle quelques progrès.
La population
La population de Silhouette rappelle celle des « îles extérieures », car un cinquième seulement des travailleurs appartient à des familles dont les membres sont nés dans l’île et y ont vécu au moins une partie de leur vie. A côté de ces familles peu nombreuses mais étendues: les Siméon, les Dufresne, les Dubois, une partie assez importante de la population est constituée de personnes fixées dans l’île depuis longtemps.
La mentalité insulaire
On retrouve chez ces gens les traits essentiels de la mentalité insulaire, à commencer par l’élasticité des notions de temps, de distance, de surface dont la mesure à l’aune du monde environnant a été pratiquement oubliée. Leur île est « bien jolie », « bien grande », « bien haute ». Ils s’émerveillent de ses montagnes aux flancs raides auxquelles l’usage a conservé les pittoresques noms français donnés dès les débuts de la colonisation. On rencontre des adultes, surtout des femmes il est vrai, qui même nés dans l’île ne se sont jamais aventurés à la traverser, n’ont jamais fait qu’en pirogue, et fort rarement, le voyage de la Passe à Grand-Barbe, qui pensent que leur île est très grande et ne peuvent se prononcer sur la question de savoir si Mahé (en fait sept fois plus vaste) est plus étendue que Silhouette… Aussi, malgré la mobilité générale des Seychellois dans l’archipel, le voyage de Mahé reste-t-il pour beaucoup, qui l’appellent encore « Seychelle » comme en 1780, une grande affaire.
L’exploitation du milieu… et de l’homme.
La production essentielle de l’île demeure de très loin le coprah. Les plantations de cocotiers, pures ou mêlées de canneliers, recouvrent près de 30% de la superficie totale. La cannelle n’est plus exploitée à Silhouette depuis la récente baisse des cours (1968). Encore ne l’était elle que pour l’écorce, car la distillation de l’essence de feuilles ne se fait pas dans l’île, qui ne cultive plus la vanille.
Très secondaires, les autres productions sont révélatrices du régime de l’exploitation. La forêt fournit l’essentiel. Les troncs morts des vieux Capucins gisant dans les fourrés – ces arbres ne se régénèrent aujourd’hui qu’à grand peine et en petit nombre – sont convertis en un charbon de bois prisé qu’utilisent la forge du domaine et celles de l’archipel. Les bois d’oeuvre des reboisements servent à fabriquer des cercueils vendus à Mahé, des avirons de pirogues. Dans la montagne, les scieurs de long débitent à la main planches et madriers. Les vieillards, les femmes confectionnent des cordes de « coco marron » (Curculigo seychellensis) et de fibres de coco, des balais de « fataque» (Panicum maximum).
Toutes ces fabrications, si elles n’entrent pas expressément dans leur tâche, leur sont achetées par les régisseurs – qui reçoivent d’ailleurs un pourcentage sur toutes les productions -comme l’est d’ailleurs l’écaillé des tortues (carets) prises occasionnellement sur la côte. Entreposées dans les magasins de la Société, elles seront vendues à son profit à Mahé.
Le ramassage des cocos
Le ramassage des cocos et la production du coprah, toute l’année, restent les travaux les plus importants. Seuls les établissements de La Passe et de Grand-Barbe produisent le coprah car ce sont les seuls points où l’embarquement est possible sinon aisé. Le centre de La Passe draine les cocos de la partie de l’île limitée au Nord par l’établissement d’Anse Mondon, au Sud par celui d’Anse Lascars. A l’Ouest, Grand Barbe rassemble la production de l’autre moitié de l’île. On imagine mal les difficultés que représentent la collecte et l’acheminement des cocos vers ces centres dans une île très montagneuse, où le sous-bois dense, même dans les plantations, masque un sol chaotique.
Tous les transports se font à tête d’homme, la seule alternative demeurant la pirogue, d’un emploi ici limité, d’un point de la côte à l’autre. Pour ce travail, la main-d’œuvre, masculine, se divise en deux catégories. La première est celle des ramasseurs à la tâche, travaillant « à l’entreprise », qui ramassent les cocos sur un secteur déterminé de plantation. Ramassés à terre, les cocos sont rassemblés une première fois dans un point (petite clairière, bord de sentier) où se fera l’épluchage. Ils sont portés dans un sac de jute.
L’épluchage des Cocos

L’épluchage des Cocos
L’épluchage se fait à l’aide d’un pieu à deux pointes, en bois dur de manglier, fiché en terre obliquement à bonne hauteur (70 cm environ). La noix, tenue à deux mains, est frappée à trois reprises d’un geste balancé sur la pointe où l’enveloppe fibreuse qui se déchire, est écartée de la coque en fin de geste, la pointe du pieu servant de levier. Au troisième coup, si les gestes ont été bien calculés, l’épaisse enveloppe de bourre doit tomber à terre, libérant la noix. C’est un travail pénible qui suppose force et adresse. Certains ramasseurs épluchent ainsi plus de dix noix en une minute.
La transportation des cocos épluchés
Les cocos sont ensuite portés à tête dans un sac souvent sur plusieurs kilomètres, par les sentes raides et glissantes de la montagne, les « glacis » et les chaos, jusqu’à l’établissement le plus proche. Les sacs pèsent environ 100 kg. Les accidents graves ne sont pas rares. Suivant le lieu de ramassage, un travailleur peut ainsi faire 400 à 700 cocos dans sa journée. Il reçoit 3 sous (c’est-à-dire environ 3 centimes) pour 2 noix épluchées, rendues au centre de ramassage.

La transportation des cocos épluchés
Scieurs de long, bûcherons charbonniers, travaillent de même « à l’entreprise ». Ce travail d’hommes jeunes et robustes ne peut toutefois être effectué par tous. Certains travaillent ainsi le matin seulement. Les autres travailleurs, employés seulement au service des pirogues, pour le transport des cocos entre les établissements, et à la préparation du coprah, touchent un fixe mensuel d’environ 50 roupies (50 francs) auquel s’ajoutent quelques suppléments.
Lorsque les piroguiers de La Passe vont chercher les cocos d’Anse Mondon, le départ a lieu vers 4 heures du matin. Arrivés sur place, les rameurs chargent 8000 noix. Le retour est difficile, par houle et vent contraire la plupart du temps. Il se fait aux avirons sur tout le trajet (8 km) et les noix doivent être déchargées à l’arrivée. Pour une telle tâche, chaque homme reçoit moins de 2 francs. Pour le chargement des balles de coprah dans la goélette au large, les hommes reçoivent environ 3 francs. Il s’agit de transférer, en navettes successives, une centaine de balles de coprah de 84 kg et le cas échéant, quelques tonneaux d’huile, de la pirogue dans la goélette.

La Transportation des Cocos dans une Pirogue
Soulevées à bout de bras par 4 hommes, les balles sont lancées sur le pont de la goélette au moment où le régisseur, jugeant que le mouvement relatif des deux bateaux les a rapprochés au maximum, en donne l’ordre. Il n’est pas rare que, la houle les séparant au dernier moment, la balle tombe à la mer. Par bonheur le coprah flotte et peut être commercialisé après avoir été resséché.
Les Travaux des Femmes
Les autres travaux, à l’exception du séchage et de l’emballage du coprah, sont souvent effectués par les femmes. Ce sont essentiellement le « coupaillage » des plantations et le « décoquage » des noix. Le «coupaillage » est le nettoyage des plantations. Les arbustes, lianes et grandes herbes qui concurrencent les cocotiers et surtout cachent les noix aux ramasseurs, sont coupés à l’aide du «grand couteau », sabre d’abattis qui sert aussi à débarrasser les jeunes arbres des palmes mortes et à éclaircir les repousses de cannelle entre les palmiers dans les plantations mixtes.
C’est aussi à l’occasion de ce travail que les paillis de bourres de cocos sont installés à la base des troncs des jeunes arbres auxquels leur lente décomposition restitue la potasse. Commune à Mahé, cette pratique paraît toutefois peu usitée à Silhouette où les plantations présentent généralement un aspect plus négligé.
Les Tâches
Les tâches sont fixées en gaulettes, ancienne mesure de longueur servant dans l’agriculture, également utilisée aux Mascareignes et d’ailleurs variable (3,24 mètres à Maurice, jusqu’à 5 mètres à la Réunion) par un «commandeur» («commander coupaillé »), travailleur ancien faisant office de contremaître, un peu mieux rétribué. Celui-ci reçoit un fixe de 60 roupies par mois, des primes au rendement, et comme tous les « foremen », y compris les artisans des établissements, des gratifications en nature (une bouteille d’huile par semaine)
‘Commander cocos’
Parmi les autres commandeurs on trouve le « commander cocos », personnage important, chargé de compter les noix fournies par les ramasseurs dont il délimite les périmètres de ramassage. En sus de son salaire, il reçoit une bonification de 70 sous pour 1 000 noix livrées.
‘Commander Pirogue’
Le « commander pirogue », barre la grande pirogue de transport. Ses responsabilités lui valent un fixe de 70 roupies.
‘Commander banne vié femmes’
Enfin, le « commander banne vié femmes », (commandeur des vieilles femmes), mais aussi en fait des vieillards valides, des femmes enceintes, employés au tri du coprah, est un homme âgé lui-même dont la modeste tâche est payée 38 roupies par mois. Les femmes qui coupaillent ne décoquent pas les cocos en général. Elles touchent 35 roupies, salaire moyen des femmes, à rapprocher des 30 roupies que touchaient en 1969 les préparatrices de vanille d’un domaine de La Digue.
Le Décoquage des Cocos

Le Décoquage des Cocos
Les noix germant dans un délai de un à trois mois après leur chute, la préparation du coprah est ininterrompue. Le décoquage consiste à extraire l’amande des noix après les avoir cassées. Cette opération se fait à l’aide du «petit couteau » à large et forte lame de 25 cm environ, forgé par le forgeron du domaine et qui accompagne le travailleur dans tous ses déplacements dans les plantations et la forêt. A quatre heures du matin, dans l’obscurité, la cloche de l’établissement appelle à la tâche les femmes qui décoquent, parfois aidées de leurs maris ou de leurs fils. Assis en tailleur devant leur tâche (600 cocos) hommes et femmes travaillent sous l’œil du régisseur, dans le claquement sec des coques éclatées, à la lumière de petites lampes fuligineuses à huile de coco. Les noix sont brisées à terre ou frappées avec l’arrière d’une hachette.

Le Décoquage des Cocos
En un tournemain, fendue en deux si elle est restée entière, l’amande extraite est jetée dans des caisses disposées en face de chaque équipe. L’eau des cocos qui gicle et coule sur le sol maçonné de l’espèce de hangar où se fait ce travail, gagne par une rigole un baquet disposé à l’extérieur pour la recueillir. Elle servira à nourrir les porcs de la propriété. Le « décoque-cocos » cesse en principe à la cloche de six heures, ce qui permet aux femmes chargées de famille qui font cette besogne, de vaquer ensuite aux occupations ménagères. Pour une tâche quotidienne de 600 noix, elles gagnent 35 roupies par mois. Si elles se font aider, elles prennent une tâche plus lourde et peuvent alors gagner 56 ou 70 roupies (pour 1 000 ou 1 200 noix).
Le séchage du coprah
Le séchage du coprah est une opération délicate confiée à des hommes. Dans les « calorifères », petits bâtiments en maçonnerie, couverts en tôle, la chair des noix est disposée sur des claies superposées. La température de séchage, grâce à un foyer alimenté de l’extérieur, ne doit pas atteindre 60°C.

Calorifère- Séchoir à coprah à Silhouette
Chaque jour, après qu’on ait laissé tomber le feu, le séchoir est ouvert et les couches de coprah sont placées sur la claie supérieure. La plus élevée, théoriquement prête, est évacuée si l’aspect du produit est jugé satisfaisant. La préparation du coprah prend ainsi cinq jours. Il est placé en magasin et mis dans des sacs de jute en attendant l’embarquement pour Mahé. Le combustible des séchoirs est constitué par les bourres et les coques des noix, qui servent aussi dans les distilleries de cannelle.

Moulin à Coprah
Le rendement des cocoteraies de Silhouette est faible. Les estimations de la production varient de 3 à 4 millions de noix qui donnent 400 à 450 tonnes de coprah, soit moins du dixième de la production totale de l’archipel.
La Cannelle
Après le rush de 1967-1968, l’exploitation de la cannelle a cessé, la baisse vertigineuse des prix de l’écorce tombés des trois cinquièmes entre 1968 et 1969 ayant naturellement conduit les propriétaires à proposer une rémunération dérisoire (10 sous par kg d’écorce) aux « tireurs de cannelle ».
Les Cultures Vivrières Personnelles
Privés de cette ressource occasionnelle de profit, les travailleurs, s’ils ne bénéficient pas des rations alimentaires distribuées à ceux des îles extérieures où la totalité du domaine agricole, fragile et exigu, est consacrée au cocotier, ont la possibilité de pratiquer des cultures vivrières personnelles sur de petits défrichés proches du camp. Ces cultures personnelles, de même que les petits élevages de volailles, sont autorisées moyennant le paiement au régisseur, à l’intendant lors de sa visite, de dîmes en nature prélevées dans la plus pure tradition féodale.

Les Petits Elevages de Volailles
Les travailleurs peuvent aussi disposer librement pour leur propre consommation des fruits des arbres à pain, nombreux dans toutes les îles granitiques. Le cocotier enfin leur fournit la gamme variée de ses produits, matériaux divers aussi bien que produits alimentaires s’ajoutant à ceux tirés de la forêt.
Les Boissons Fortes
Seuls toutefois les régisseurs sont autorisés à « tirer le calou » c’est-à-dire à recueillir la sève d’un ou plusieurs cocotiers- dont la fructification se trouve alors stoppée – en saignant l’inflorescence ligaturée. La sève, recueillie dans des récipients de bambou, fournit en 24 heures de fermentation, la boisson aigrelette mais lourdement enivrante qui tient dans l’archipel la place qu’occupe le rhum blanc aux Mascareignes. De même, comme dans le reste de l’archipel où le Gouvernement s’efforce d’en contrôler la production, l’établissement est seul habilité à fabriquer le « bacca », vin de canne à sucre. Celle-ci est produite sur de petits lopins limoneux des plateaux, très surveillés. Sa culture est un véritable monopole. Le « calou » est vendu aux travailleurs au profit de la propriété, mais comme le « bacca », il peut leur être distribué à titre de gratification pour certaines tâches.

Moulin à ‘Bacca’
A Grand-Barbe, les cannes sont écrasées avec un véritable frangourinier mû par deux hommes, et qui n’aurait pas détonné dans une « habitation » contemporaine du voyage de Bernardin de Saint-Pierre à l’île de France.
De même, comme à Rodrigues, comme à Agalega, comme dans les « Hauts » les plus reculés de la Réunion, le moulin à maïs avec meule à trou central mue à la main est encore présent.
La Boutique
Le monopole des boissons fortes est complété comme dans toutes les îles dont la gestion appartient au propriétaire ou au seul locataire, par celui du commerce de l’unique boutique qui propose les rares commodités indispensables au complément de cette vie autarcique et les quelques produits alimentaires coûteux et rarement consommés que sont le riz, le lait condensé, le fromage en boîte venu d’Australie, la viande de porc enfin, produite par l’élevage local mais que la propriété vend avec profit à ses propres travailleurs.
L’élevage du porc
L’élevage du porc, généralement conçu, surtout à Mahé, comme une manière de capitaliser une somme importante qui devient disponible au moment de la vente, par une population aux ressources monétaires réduites, se fait ici pour le bénéfice principal de la propriété. La nourriture des animaux est certes presque gratuite et fournie par la propriété car les porcs consomment beaucoup de fruits à pain. Mais, engraissés à partir de porcelets donnés par le propriétaire, ils lui sont obligatoirement vendus, vifs, 20 sous la livre. Si un travailleur fait les frais de l’achat d’un porcelet et l’engraisse pour son compte, il doit alors en donner la moitié au propriétaire lorsqu’il sacrifie la bête en vertu de la gratuité de la nourriture. Ceux des porcs qui ne sont pas expédiés à Mahé sont débités à la boutique au prix de 75 sous la livre.
L’Huile de Coco
La boutique vend également aux travailleurs l’huile alimentaire tirée du coprah de qualité inférieure qui ne peut être vendu. Cette huile est fabriquée par un moulin qui illustre bien la persistance d’archaïsmes techniques dont nous avons relevé plusieurs exemples. D’origine sans doute indienne, son principe ne paraît pas avoir varié depuis les débuts de la production massive d’huile de coco par les îles possédant des cocoteraies naturelles où il fut sans doute introduit dès la fin du xviii siècle, multiplié par la suite avec le développement des plantations. Il se retrouve, abandonné très lentement dans presque toutes les îles à coprah de l’aire allant des Chagos à l’Est aux Farquhar au Sud-Ouest et englobant Agalega vers le Sud. Remplacé par un moulin à moteur à La Passe , il grince encore dans d’autres îles.

Moulon à Coprah
L’appareil, mû par des ânes, des bœufs attelés à la flèche mobile autour du mortier, répond à la description qu’en faisait Stanley Gardiner au début du siècle et le capitaine Lionnet qui l’observait à Agalega à la même époque : « Le manchon est en quelque sorte l’âme du moulin et se compose d’une bille de bois dur qui a vingt pouces de haut et qui repose sur une cuvette en pierre enchâssée dans le corps principal de la machine (un soubassement maçonné). Au-dessus de la cuvette, il y a une chambre de la forme d’un cône tronqué qui a seize pouces à la base et qui se termine au collet à la hauteur de six pouces. Le diamètre du collet en cuivre est de neuf pouces. A partir de ce collet, le manchon a la forme d’un entonnoir, jusqu’à sa partie supérieure et mesure vingt-deux pouces au sommet. L’Acalou est une pièce de bois dur de forme cylindrique, mesurant sept pieds de long et sept pouces et demi de diamètre, qui écrase le coprah et extrait l’huile, une chaîne le relie à la flèche. La flèche est d’ordinaire en « bois de cocotier ». L’huile s’écoule par un orifice pratiqué à la base de la cuvette, sous le collier mobile reliant la flèche au manchon.
Le résidu du pressage est le « poonac », qui sert pour la nourriture des quelques bovins et des porcs.
Les Compléments Alimentaires.
Malgré les aspects négatifs d’une exploitation de l’homme qu’a rendu durable l’isolement de l’archipel et de l’île elle-même dans celui-ci, les traces d’une vie autarcique relativement facile pour une population réduite, dans un milieu dont les faiblesses ne doivent pas faire oublier la générosité, subsistent encore. Le gibier, constitué à l’origine par les tortues de terre a certes disparu si l’on excepte les grandes chauves-souris frugivores qui demeurent un mets recherché.
En revanche, la mer très poissonneuse offre des ressources appréciables en dépit du caractère difficile de la côte.

Une Pirogue
Les pirogues, qui appartiennent à la propriété dans chaque établissement, sont prêtées aux travailleurs pour leur sorties en mer moyennant la livraison d’une part de pêche. Et bien que souvent gênée par le gros temps pendant la « mousson de suette », c’est-à-dire pendant la saison du renforcement de l’alizé, la pêche fournit, surtout aux habitants des établissements les plus abrités (La Passe, Anse Mondon) d’appréciables compléments alimentaires.
Les Conditions Sanitaires
Par ailleurs, l’absence de malaria, la faible densité du peuplement semblent concourir à un état sanitaire satisfaisant. Tout récemment, depuis 1968, les principaux établissements ont été équipés par le Gouvernement de points d’eau. Le captage des sources en montagne et l’utilisation de conduites métalliques contribueront sans doute à réduire les parasitoses.
La situation est cependant loin d’être parfaite ; médecin et dentiste ne viennent que rarement et irrégulièrement dans l’île, en moyenne une ou deux fois par an. Les travailleurs, qui supportent environ la moitié des frais médicaux, répugnent naturellement à aller se faire soigner à Mahé, d’autant que la goélette ne touche l’île que de façon irrégulière, avec une fréquence qui va de deux fois par semaine à une fois par quinzaine, suivant le temps et les perspectives de cargaison du voyage précédent.
Il est vrai que la mer n’est jamais inabordable pendant de longues périodes. Il n’en reste pas moins qu’émergeant, massive et bien visible, ses sommets souvent encapuchonnés de lourds nuages de pentes, à l’Ouest de Mahé, l’île peut en être coupée autant que du reste du monde puisqu’aucune liaison radio n’existe avec Victoria et qu’elle ne possède aucun bateau à moteur permettant d’effectuer rapidement la traversée.
Conclusion
On retrouve donc dans cette île la plupart des caractères classiques de l’ancienne économie de plantation: la localisation côtière des centres de production, éminemment servie ici par la configuration du relief, mais aussi le peuplement aggloméré, l’installation systématique des cultures commerciales, source de profit, sur les meilleures terres (basses pentes et « plateaux »), l’absence d’une petite paysannerie indépendante, pour ne rien dire des relations humaines entre propriétaires (ou leurs représentants) et travailleurs, manifestement restées celles de maître à serviteur. L’autarcie poussée, la quasi-inexistence des investissements, l’absence de l’intervention financière ou technologique étrangère illustrent toutefois l’archaïsme profond de cette exploitation, vraie relique de la première génération des plantations européennes en milieu tropical.
Certes, la médiocrité des conditions naturelles a valu à Silhouette de conserver mieux que les îles plus peuplées et surtout Mahé, un ensemble de traits économiques fortement marqués par le passé. Mais cet exemple n’est nullement exceptionnel même au niveau des îles du groupe granitique. A fortiori dans les «îles extérieures » que leur petite taille et leur éloignement conduisent à n’appartenir ou à n’être concédées qu’à un seul exploitant.
Les productions de ces îles-domaines, coralliennes ou sableuses, isolées dans l’Océan pendant de longs mois sont encore plus étroitement spécialisées, se réduisant au coprah à l’exclusion de toute autre, les conditions de vie des travailleurs engagés pour dix-huit mois à deux ans, nourris de rations délivrées par le gérant, logés dans des camps, y rappellent de manière encore plus précise celles des engagés qui succédèrent au XIXe siècle, , sur les domaines des Mascareignes ou des Seychelles, aux esclaves émancipés.”



